La révolte des Algériens contre le mépris et la brutalité
du pouvoir à leur égard et son indifférence face à leurs
revendications, n'a fait que s'intensifier ces dernières
années. Empêchée de s'exprimer par le canal de médiations
politiques représentatives, dont la formation est systématiquement
bloquée et réprimée par le verrouillage du champ politique,
la suppression des libertés démocratiques et l'extension
du dispositif sécuritaire (administratif, juridique, policier),
elle grandit de manière profonde et souterraine. Lorsqu'elle
explose, comme aujourd'hui en Kabylie, région où le sentiment
de déni culturel et linguistique est singulièrement exacerbé,
elle prend très vite la forme d'un affrontement violent
et destructeur. Le nombre très élevé de victimes civiles
(jusqu'à 30 morts en une seule journée), dont les autorités,
en particulier le commandement des forces de l'ordre, sont
les seules responsables, ne peut laisser personne indifférent.
Comment se fait-il que l'armée et la gendarmerie, qui se
prétendent impuissantes à venir en aide aux villageois lors
des massacres, fassent montre d'une telle capacité de répression
face à de jeunes manifestants désarmés ?
Le Gouvernement, qui semble être pris de court par ce mouvement
pourtant prévisible pouvant à tout moment se déclencher
dans n'importe quelle autre région du pays, croit-il vraiment
pouvoir calmer les esprits par la promesse d'un " plan spécial
", alors que c'est toute l'Algérie qui est sinistrée ?
Cette attitude, ainsi que le silence observé par les plus
hautes autorités du pays, laisse le champ libre à ceux qui
s'emploient à attiser le feu et cherchent à précipiter l'Algérie
dans un conflit à caractère ethnique ou religieux. A qui
pourrait profiter une telle dérive, si ce n'est à ceux qui
bloquent depuis près de dix ans toute issue politique négociée
à la crise?
Nous réaffirmons notre solidarité avec les démocrates et
les militants des droits de l'homme algériens qui veulent
en finir avec cette dictature sanglante pour revenir enfin
à la paix civile. Nous demandons au gouvernement français
de dénoncer fermement les responsables de la spirale de
violence en Kabylie et d'utiliser les importants moyens
de pression dont il dispose pour obtenir des " décideurs
" algériens qu'ils mettent fin sans délai à leur politique
de répression sauvage et indiscriminée.
Nous appelons à un rassemblement silencieux SAMEDI 05 MAI
à 15 heures, Place Bouchard à Caen
Signataires : Trait d'union, ADEFA, FSU, Ligue des Droits
de l'Homme, ...