Acte II

 

"CINEMA ARABE AU FEMININ"  

Héritier du théâtre de boulevard, le cinéma arabe, et principalement égyptien, allait naître sous le signe de l'aventure féminine.

Si certains des premiers films de fiction arabes allaient consacrer Aziza Amir, Ferdaws Hassan, Assia et Fatima Rouchdy comme premières productrices dans l'histoire du monde arabe, il faut attendre 1937 pour voir apparaître le premier film arabe produit, écrit, interprété et réalisé par une femme.

C'est Tita Woony d'Amina Mohammad Si jusque dans les années soixante, le monde du cinéma arabe, et principalement celui de la réalisation, est dominé par la gent masculine, il y a deux domaines où l'apport de la femme est, et demeure, primordial : celui de la production mais aussi celui du montage.

Les années soixante-dix ont vu, dans le monde du cinéma de fiction, des femmes arabes poser un regard original sur leur société.

Si les films de l'Egyptienne Nadia Hamza ne se démarquent en rien de ceux réalisés par ses collègues hommes, ceux d'Inès aI-Dighidy (Pardon M. le Droit ou La meurtrière) avec les mêmes caractéristiques que les films qui traitent du statut de la femme se distinguent pourtant par leur manière moins brutale de les aborder.

Et puis il faudra aussi compter en Egypte avec Asma aI-Bakri dont Mendiants et orgueilleux a démontré la force. Au Maghreb, la présence féminine derrière la caméra est plus forte. En Tunisie par exemple, Negia Ben Mabrouk raconte dans La trace sa vie quotidienne dans un bourg minier, la résistance familiale et sa volonté de casser le carcan d'une éducation coercitive, et dans A la recherche d'AI-Chaima, court métrage plein d'amertume, elle conte l'histoire de la disparition d'une jeune Irakienne pendant la guerre du Golfe.

Autre Tunisienne, Moufida Tlatli, après avoir officié comme monteuse de films tunisiens et algériens tout comme Kahéna Atiyya, elle s'est lancée dans la réalisation avec Les silences du Palais, film de souvenir et de la quête d'identité du sujet à travers le démantèlement d'un espace affectif. C'est aussi un film dont la cohérence est bâtie sur la douleur. Il y a une blessure. Il y a le désir de rendre cohérente une identité, de la fixer, tant elle est morcelée, tant elle est vécue comme éclatée. Le film de Tlatli est une tentative de suture, un rassemblement de ces morceaux.

D'autres films viendront tel Habiba Msika de Salma Baccar connue pour Fatma 75, un moyen métrage sur la libération de la femme tunisienne.

En Algérie un seul nom est de taille, c'est celui de la romancière Assia Djebbar avec la Nouba des Femmes du Mont Chénoua et Ziara,, deux films sur la mémoire féminine, la colonisation et la guerre d'Algérie. Les films d'Assia Djebbar, dont le premier a été couronné par la critique à Venise, sont des voyages initiatiques dans cette mémoire collective et la part prise par les femmes dans son élaboration.

Au Maroc, Farida Belyazid a donné au cinéma des scénari et des dialogues d'une grande finesse à en juger par certaines réalisations de Jilali Ferhati comme Poupée de roseau où le monde secret féminin est rapporté avec précision dans la douleur et la volupté. Son long métrage Une porte ouverte sur le ciel, s'il souffre de handicaps dans le traitement, n'en demeure pas moins un regard juste sur la résistance d'une jeune marocaine face à la société masculine.

Deux remarques générales à faire sur l'entrée de la femme arabe dans le champ de la réalisation. D'abord, dans le choix des sujets : la majorité de leurs films aborde non seulement la question de la femme et de son statut dans le monde, mais le fait, loin de la violence et du réquisitoire caractéristique des films sur cette question.

Ensuite, la profusion de détails sur la vie féminine intérieure généralement voilée au regard masculin, détail rapporté dans un style fait de douceur, de charme et de volupté, est importante, même si parfois le sujet se prête à un traitement opposé. Younès Ajarraï    

 

 

 

 

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