Acte II

 

COLLOQUE "Femmes, Création et liberté d’expression au Maghreb : état des lieux"

Ce thème, sujet vaste, ouvert comme nous l'avons toujours souhaité dans le cadre de nos tables rondes ou de nos rencontres-débats permettra de regrouper des approches multiréférentielles et multidisciplinaires touchant un public d'initiés et d'intéressés, mais également de non-spécialistes auxquels s'adresse l'événement caennais "Cultures du Maghreb".

L'actualité algérienne cristallise une situation antérieure à l'émergence de l'intégrisme politico-religieux.

En effet, la haine, la rage et la terreur qui s'abattent sur des femmes et des libres penseurs, prennent certes un tournant dramatique et de plus en plus massif ; elles ne constituent pas cependant un épiphénomène circonstancié, mais bien la conséquence logique de l'évolution de la société.

Au Maghreb depuis que l'histoire a suspendu son vol, la société a produit deux excroissances principales : * d'une part, une société patriarcale frustrée qui inhibe sa moitié féminine et la confine dans la réclusion et la forclusion, au nom de la tradition et de la religion, * d'autre part, des régimes politiques castrateurs, autoritaires qui s'attaquent à la liberté de pensée et d'expression, notamment de la société civile.

L'originalité de la condition féminine se trouve ainsi dans le fait que nos mères et nos compagnes se retrouvent, dans ces conditions, doublement opprimées.

Le trio sexualité-politique-religion apparaît ainsi comme la cause indissociable de l'oppression des femmes. En conséquence, un premier axe de réflexion peut s'intéresser à la condition de la femme dans le Maghreb d'aujourd'hui, afin de revisiter cette problématique.

A travers ce premier éclairage, la création féminine, séculaire ou en cours, s'apparente à un combat pour faire bourgeonner l'amour, apaiser le goût amer de l'exclusion, vaincre les frissons de la frustration.

De sorte que le poids sociologique et militant, générateur d'une charge dénonciatrice, n'est pas exclusif de la démarche créative féminine, même s'il demeure présent. La qualité littéraire, esthétique ou scientifique de cette création est peut-être moins mercantile et moins prisée par les éditeurs - surtout les traducteurs occidentaux - elle n'en demeure pas moins vivante. Ici se pose donc la question du statut de la création féminine, moyen d'affirmer une identité féminine intimement liée aux luttes politiques.

Dans l'Algérie d'aujourd'hui, on a peut-être oublié d'être féministe pour un temps mais on n'a pas oublié d'être femme, parce que les femmes, intellectuelles ou pas, font face à la mort et à la terreur.

D'ou notre choix de soulever, dans ce colloque, la problématique de l'intellectuel et de la création dans le Maghreb d'aujourd'hui.

Parce que l'intellectuel, qu'il soit femme ou homme, est menacé : c'est une question d'urgence et d'actualité commune à nos pays, qui n'efface aucunement les luttes antérieures mais les met au second plan.

Il en va de notre liberté de pensée, de notre liberté d'expression et plus fondamentalement de notre liberté de femmes et d'hommes.

Younès Ajarraï, modérateur du colloque

 

 

 

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