Acte IV

 

Colloque - "La création comme acte de résistance"  

Considérée dans sa fonction créatrice, la culture s'inscrit dans une démarche de questionnement qui résulte d'une prise de distance critique par rapport aux consensus établis dans telle ou telle société. Sa quête est celle des chemins de la liberté dont la reconnaissance permet d'articuler le rêve et la réalité. L'expérience qui est la sienne l'éloigne donc de tout système clos, générateur de dogmes, et la place dans une opposition frontale à ce dernier quand il vise à soumettre les consciences.

Qu'on le veuille ou non, la démarche créatrice relève ainsi d'une éthique qui lui impose d'être partie prenante de tous les combats où l'enjeu est de défendre la liberté contre l'oppression, la vérité contre le mensonge, l'humain contre l'inhumain, la civilisation contre la barbarie.

Or nous nous trouvons, en cette fin de siècle, régis par le nouvel ordre mondial dont l'une des expressions majeures est un nouvel ordre culturel. La nouveauté de ce dernier n'est qu'apparente. En réalité, il ne fait que rétablir, en l'approfondissant, le règne de l'hégémonie des modèles culturels prétendus universels et de l'échange inégal.

Mais, si nouveauté il y a, elle se manifeste dans un processus de mercantilisme de la culture. Les œuvres de création culturelle, traitées comme des "produits" sont sélectionnées davantage en fonction du divertissement qu'elles procurent que du surcroît de conscience qu'elles proposent. Le battage médiatique n'a d'autre souci que de que de promouvoir les valeurs marchandes. Toute autre valeur est condamnée à la marge.

Si ce processus constitue une véritable menace pour la pensée et la création libres dans les pays du Nord, il fragilise et marginalise encore plus les formes d'expression émanant des pays du Sud. Il accentue la cassure entre le Nord et le Sud au point de remettre en cause l'unité de la condition humaine, considérée comme un acquis depuis le siècle des Lumières. Seul un sursaut de la conscience humaine peut enrayer cette dérive. La culture est appelée de nouveau à être cette "arme miraculeuse" grâce à laquelle la résistance peut se réorganiser, car c'est bien un nouvel humanisme qui est à l'ordre du jour.

Un humanisme de combat, qui vise à ressouder la planète, battre en brèche toutes les formes d'asservissement et de fanatisme. Un humanisme qui restaure l'homme comme valeur primordiale et l'envisage, malgré les différences, dans son unité, dans son droit égal à la dignité et au rêve porté par l'espérance.

Abdellatif Laâbi  

Colloque à la Maison de la Recherche en Sciences Humaines, Université
En partenariat avec la M.R.S.H, le C.R.L, le P.I.E et Démosthène

Mercredi 31 mars de 10h à 17h

Participants : A. Laâbi (poète), A. Zaoui (écrivain), Z. Dramani-Issoufou (historien), C. Salmon (secrétaire général du Parlement International des Ecrivains), R. Hérin (directeur de la M.R.S.H), Y. Ajarraï (secrétaire général de Trait d'union).

 

 

 

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