Colloque - "La création comme acte de résistance"
Considérée dans sa fonction créatrice, la culture s'inscrit
dans une démarche de questionnement qui résulte d'une prise
de distance critique par rapport aux consensus établis dans
telle ou telle société. Sa quête est celle des chemins de
la liberté dont la reconnaissance permet d'articuler le rêve
et la réalité. L'expérience qui est la sienne l'éloigne donc
de tout système clos, générateur de dogmes, et la place dans
une opposition frontale à ce dernier quand il vise à soumettre
les consciences.
Qu'on le veuille ou non, la démarche créatrice relève ainsi
d'une éthique qui lui impose d'être partie prenante de tous
les combats où l'enjeu est de défendre la liberté contre l'oppression,
la vérité contre le mensonge, l'humain contre l'inhumain,
la civilisation contre la barbarie.
Or nous nous trouvons, en cette fin de siècle, régis par
le nouvel ordre mondial dont l'une des expressions majeures
est un nouvel ordre culturel. La nouveauté de ce dernier n'est
qu'apparente. En réalité, il ne fait que rétablir, en l'approfondissant,
le règne de l'hégémonie des modèles culturels prétendus universels
et de l'échange inégal.
Mais, si nouveauté il y a, elle se manifeste dans un processus
de mercantilisme de la culture. Les œuvres de création culturelle,
traitées comme des "produits" sont sélectionnées davantage
en fonction du divertissement qu'elles procurent que du surcroît
de conscience qu'elles proposent. Le battage médiatique n'a
d'autre souci que de que de promouvoir les valeurs marchandes.
Toute autre valeur est condamnée à la marge.
Si ce processus constitue une véritable menace pour la pensée
et la création libres dans les pays du Nord, il fragilise
et marginalise encore plus les formes d'expression émanant
des pays du Sud. Il accentue la cassure entre le Nord et le
Sud au point de remettre en cause l'unité de la condition
humaine, considérée comme un acquis depuis le siècle des Lumières.
Seul un sursaut de la conscience humaine peut enrayer cette
dérive. La culture est appelée de nouveau à être cette "arme
miraculeuse" grâce à laquelle la résistance peut se réorganiser,
car c'est bien un nouvel humanisme qui est à l'ordre du jour.
Un humanisme de combat, qui vise à ressouder la planète,
battre en brèche toutes les formes d'asservissement et de
fanatisme. Un humanisme qui restaure l'homme comme valeur
primordiale et l'envisage, malgré les différences, dans son
unité, dans son droit égal à la dignité et au rêve porté par
l'espérance.
Abdellatif Laâbi
Colloque à la Maison de la Recherche en Sciences Humaines,
Université
En partenariat avec la M.R.S.H, le C.R.L, le P.I.E et Démosthène
Mercredi 31 mars de 10h à 17h
Participants : A. Laâbi (poète), A. Zaoui (écrivain), Z.
Dramani-Issoufou (historien), C. Salmon (secrétaire général
du Parlement International des Ecrivains), R. Hérin (directeur
de la M.R.S.H), Y. Ajarraï (secrétaire général de Trait d'union).
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