Entre transe et jazz : les Gnawa
Origines :
Les Gnawas forment une confrérie du soufisme populaire marocain,
s'exprimant principalement par la musique, la danse et la
transe. Cette confrérie perpétue une musique traditionnelle
particulièrement originale dans l'éventail des musiques du
monde. Elle a intéressé et inspiré des musiciens avertis (Mick
Jagger, Keith Richards et Brian Jones, etc...) aussi bien
que des écrivains (Paul Bowles, Brian Gysin, William Burroughs).
Les Gnawas sont originaires de l'Afrique au sud du Sahara
(Sénégal, Mali, Mauritanie, Niger...), vaste territoire correspondant
plus ou moins à l'ancien royaume du Ghana. lIs se sont implantés
au Maroc à partir du XIVe siècle et demeurent les témoins
vivants d'une interculturalité où se sont fondues des pratiques
culturelles, musicales et mystiques à la fois arabo- musulmanes,
berbères et négro-africaines.
Instruments :
A l'intérieur de la confrérie, chaque groupe se réunit autour
d'un maître, le M'allem, garant du culte et de la tradition
musicale; les disciples commencent par l'apprentissage du
chant et de la danse, la pratique des Qraqeb (sorte de castagnettes
métalliques) et du tambour (Tbel). A la fin de leur initiation,
les Gnawas maîtrisent l'instrument du M'allem, l'Hejhouj ou
Gambri. Le Gambri est à la fois instrument cordophone, membraphone
et idiophone : le pouce et l'index de la main droite pincent
les trois cordes, tandis que le majeur, l'annulaire et l'auriculaire
frappent la table d'harmonie en peau de chameau qui forme
avec la caisse semi-cylindre un tambour rudimentaire. Un sistre
métallique, le Sersère vient s'encastrer à l'extrêmité du
manche du Gambri, il est mis en résonance par les mouvements
de l'instrument et les vibrations des cordes. Lors des représentations
de plein air et comme introduction au rituel, les Gnawas utilisent
deux grands tambours (T'Bola) maintenus sur le côté gauche
du musicien par une bandoulière et frappés avec deux baguettes
de formes différentes : une incurvée (Sahla) en bois de figuier
et la seconde plus longue et plus flexible en bois d'olivier
(Tarrash).
La Leïla :
La Leïla (veillée), que l'on considère comme leur rite principal,
est à la fois un concert musical, une sorte de théâtre archaïque,
une suite de danses et de chants poétiques à la gloire de
leurs ancêtres, mais aussi l'expression symbolique d'une minorité,
d'une mémoire liée à la captivité, à l'esclavage, à la souffrance,
à l'exil, à la nostalgie d'une terre mythique ainsi qu'un
accès momentané à la divinité. Ces fameuses veillées, qui
auraient un pouvoir de guérison, sont des nuits où la mélopée
thérapeutique Gnawi se décline sous toutes ses formes. Ce
rituel anti-stress et antidépresseur, menant le corps jusqu'au
bout de la transe pour le libérer de ses mauvaises "vibrations"
est joliment défini par le sociologue Abdelkader Mana comme
« un étourdissement de l'ouïe et un tourbillon de l'âme ».
La musique Gnawi, source d'inspiration :
La musique Gnawi a envoûté bon nombre de grosses pointures
de la musique occidentale. En effet, très en vogue au cours
des années 60, Essaouira (l'un des hauts lieux de la confrérie
Gnawi au Maroc) est devenu progressivement l'endroit privilégié
où se bousculent les stars de la littérature, du cinéma, du
pop-rock et du jazz. Les anglo-saxons, en pleine période de
"pouvoir des fleurs" découvrent l'encens et le pouvoir des
rythmes torrides venus d'ailleurs. Ces fils de Bambara, les
Gnawas, ne manquent pas de charmer d'autres illustres passagers
de la ville aux remparts roses. Le groupe le plus terrible
du rock, en séjour à Essaouira, est subjugué. Mick Jagger,
Keith Richards et Brian Jones ne peuvent s'empêcher de faire
la liaison avec le blues de Muddy Waters qui aurait marqué
leur débuts. Plus tard les Rolling Stones intégreront dans
quelques compositions ces rythmes planants (ContinentaI Drift
dans l'album StelI Wheels et Vodoolounge). Aujourd'hui encore
une pléiade de jeunes musiciens n'ayant que peu de rapport
"ethnique" avec les Gnawas, assimilent progressivement la
vitalité de leur musique au profit d'une ouverture vers d'autres
courants sonores, tels que le jazz ou le pop, le folk ou le
raï, s'affirmant ainsi comme l'une des formes d'expression
engagée et libératrice chère à la diaspora noire, qu'elle
soit nord-américaine ou brésilienne, jamaïcaine ou maghrébine.
D'après les articles de Rabah Mezouane, Pierre A. Claisse
et Tata Cissé.
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